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Écrire avec précision : nominalisations, anaphores et cohésion textuelle

C2 · Grammaire

Trois outils pour assurer la cohésion d'un texte long au niveau C2 : la nominalisation, les reprises anaphoriques et les connecteurs de reformulation.

Rédiger un texte cohérent ne se réduit pas à aligner des phrases correctes. À l'écrit expert, la cohésion textuelle (ce fil invisible qui relie chaque phrase à la suivante) repose sur trois outils précis : la nominalisation, les anaphores et les connecteurs de reformulation. Les maîtriser distingue le texte qui progresse du texte qui répète ou saute sans transition.

Ce que tu vas apprendre

À la fin de cette leçon, tu sauras : • mobiliser la nominalisation pour relier des idées sans répétition • employer les anaphores pronominales et lexicales avec précision • distinguer les connecteurs de reformulation et les utiliser à bon escient

La règle

La nominalisation consiste à transformer un verbe ou un adjectif en nom. Du verbe analyser on tire l'analyse ; de l'adjectif précis on tire la précision. Ce procédé permet de reprendre en un seul groupe nominal une idée développée en plusieurs lignes, puis de la nuancer immédiatement.

Une anaphore est une reprise qui évite la répétition directe. L'anaphore pronominale reprend un terme par un pronom (il, elle, y, en, cela). L'anaphore lexicale reprend un terme par un synonyme, un hyperonyme ou une périphrase (le gouvernement peut être repris par l'exécutif ou les autorités publiques). L'anaphore lexicale enrichit le registre sans alourdir le propos.

Les connecteurs de reformulation permettent de réénoncer une idée sous une forme différente. C'est-à-dire annonce une explication technique ou une définition précise. Autrement dit propose une reformulation plus accessible. Soit introduit une équivalence formelle, souvent chiffrée ou logique. Ces trois connecteurs ne sont pas interchangeables.

Verbe ou adjectifForme nominaliséeExemple en contexte
analyserl'analyse« Cette analyse met en lumière... »
développerle développement« Ce développement rapide soulève des questions... »
rejeterle rejet« Le rejet de cette proposition a surpris... »
cohérentla cohérence« La cohérence de l'argumentation... »
précisla précision« La précision du style employé... »
fragilela fragilité« La fragilité de cette position... »
De la phrase verbale à la nominalisation
Phrase répétitive (verbe)
OnSujet
a analyséVerbe
le problème.Complément
Avec nominalisation
L'Article
analysenominalisation
du problèmeComplément
révèle des contradictions.Verbe

Le verbe « analyser » devient le nom « analyse » : la reprise est compacte et peut être qualifiée immédiatement.

Exemples

  • Nominalisation pour éviter la répétition. Forme à éviter : « On a décidé de réformer. On a décidé de le mettre en œuvre malgré les résistances. » Forme attendue : « La décision de réformer a été maintenue malgré les résistances rencontrées lors de sa mise en œuvre. »
  • Anaphore lexicale par périphrase. La périphrase enrichit le texte : « Le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures fiscales. Cette politique budgétaire a suscité des réactions vives. » (politique budgétaire reprend et caractérise mesures fiscales)
  • Anaphore pronominale avec cela. Emploi correct : « Les études démontrent une corrélation entre les deux phénomènes. Cela ne suffit pas, toutefois, à établir un lien causal. » (cela reprend l'ensemble de la proposition précédente, pas un nom isolé)
  • Connecteur de reformulation : soit. Emploi juste : « Le taux de chômage a progressé de deux points, soit une personne active sur huit désormais sans emploi. »
  • C'est-à-dire vs autrement dit. Pour une référence technique : « une délégation formelle d'attributions, c'est-à-dire un transfert de compétences prévu par l'article L. 1111-4 du CGCT ». Pour une reformulation accessible : « une délégation formelle, autrement dit les décisions seront prises par les collectivités locales »

Erreur fréquente

Erreurs fréquentes à C2.

  • Répétition du verbe à la place de la nominalisation : « On a analysé le problème. On a analysé les causes ensuite. » Forme correcte : « L'analyse du problème révèle des causes structurelles. »
  • Confusion c'est-à-dire / autrement dit : « inconstitutionnel, autrement dit contraire à l'article 34 de la Constitution » (une référence légale précise appelle c'est-à-dire, pas autrement dit). Forme correcte : « inconstitutionnel, c'est-à-dire contraire à l'article 34 de la Constitution »
  • Anaphore pronominale ambiguë : « Le rapport et la note se contredisent. Il est plus crédible. » L'antécédent de il est indéterminé. Forme correcte : « Le rapport est, à cet égard, plus crédible que la note. »
  • Calque de l'anglais (fausse préposition) : *« Il est important à noter que cette analyse est inexacte. » L'anglais « important to note » attire la préposition à à la place de de. Forme correcte : « Il convient de noter que cette analyse est inexacte. »

Astuce

Pour éviter la répétition, applique la règle N-A-P : au second emploi d'un terme, choisis entre Nominaliser (verbe ou adjectif en nom), Anaphore lexicale (synonyme ou périphrase) ou Anaphore pronominale (pronom). Pour les actions, préfère la nominalisation ; pour les entités, l'anaphore lexicale.

Connecteurs de reformulation à C2

Explication technique ou définition précise

  • ..., c'est-à-dire [définition ou référence exacte]. (Annonce une précision technique, juridique ou conceptuelle)
  • ..., entendons par là [développement]. (Glose sur un terme ou une notion qu'on vient d'employer)
  • ..., au sens strict du terme, [reformulation]. (Précise qu'on emploie le mot dans son acception rigoureuse)

Reformulation accessible

  • ..., autrement dit, [formulation plus claire]. (Traduit une idée complexe en termes plus accessibles)
  • ..., en d'autres termes, [paraphrase]. (Variante légèrement plus soutenue d'autrement dit)
  • ..., ce qui revient à dire que [conséquence ou paraphrase]. (Reformule en soulignant l'implication logique)

Équivalence formelle ou chiffrée

  • ..., soit [équivalent logique ou chiffré]. (Introduit une équivalence mathématique, logique ou formelle)
  • ..., soit encore [alternative équivalente]. (Propose une seconde formulation d'égale valeur)

Exemple

Texte peu cohérent : « Le gouvernement a voulu réformer. Le gouvernement a mis en place des réformes. Le gouvernement a souhaité améliorer le système. » Texte cohérent (nominalisation et anaphore lexicale) : « La volonté réformatrice du gouvernement s'est traduite par une série de mesures structurelles visant à améliorer le système. »

Le saviez-vous

La cohésion textuelle est un critère explicite dans les concours les plus sélectifs : DALF C2, agrégation, concours des grandes écoles. Les correcteurs distinguent d'emblée un texte qui progresse (chaque phrase s'appuie sur la précédente et ouvre la suivante) d'un texte qui répète ou saute sans transition. Dans la tradition rhétorique française héritée de Port-Royal, la clarté n'est pas une qualité stylistique parmi d'autres : c'est la vertu cardinale de la prose soignée. L'Académie française consacre d'ailleurs de nombreuses notices à l'abus des pronoms ambigus et à la pauvreté des reprises lexicales.

Étymologie

Le terme anaphore vient du grec ἀναφορά (anaphorá) : « fait de porter en haut, de reporter ». En rhétorique antique, l'anaphore désignait la répétition d'un même mot en tête de phrase (comme dans « Veni, vidi, vici »). En linguistique moderne, le sens s'est élargi à toute reprise d'un référent déjà mentionné, qu'elle soit pronominale ou lexicale.

À retenir

Trois outils de cohésion à mobiliser systématiquement : Nominalisation : transforme verbe ou adjectif en nom pour reprendre une idée de façon compacte. Anaphore lexicale : reprend un terme par un synonyme, un hyperonyme ou une périphrase qui enrichit le registre. Connecteurs de reformulation : c'est-à-dire (technique), autrement dit (accessible), soit (équivalence formelle). Ils ne sont pas interchangeables. Règle anti-ambiguïté : vérifie que l'antécédent de tout pronom est sans équivoque.

À toi de jouer

  1. Laquelle de ces reprises est une anaphore lexicale ?

    • ☐ « Le projet a été validé. Il sera mis en œuvre dès janvier. »
    • ☐ « Le gouvernement a publié un rapport. Ce document de 200 pages analyse... »
    • ☐ « On a transmis les données. On les a envoyées ensuite. »
    • ☐ « La décision est prise. Elle est irrévocable. »
  2. Quel connecteur est le mieux adapté : « Le taux d'intérêt est passé à 3,5 %, ___ une hausse de 0,75 point. »

    • ☐ c'est-à-dire
    • ☐ autrement dit
    • ☐ soit
    • ☐ en d'autres termes
  3. Quelle phrase illustre le mieux la nominalisation comme outil de cohésion ?

    • ☐ « Nous avons décidé. Nous avons décidé de continuer malgré tout. »
    • ☐ « Nous avons analysé le phénomène. Cette analyse révèle des contradictions profondes. »
    • ☐ « Le projet avance. Il avance vite. »
    • ☐ « Les résultats sont bons. Ils sont très satisfaisants. »
  4. Pourquoi faut-il éviter : « Le rapport et la note se contredisent. Il est plus crédible. » ?

    • ☐ Le connecteur est mal choisi.
    • ☐ La nominalisation est incorrecte.
    • ☐ L'antécédent du pronom « il » est ambigu.
    • ☐ La phrase est trop courte pour un niveau C2.
  5. Quel connecteur convient pour introduire une référence légale précise ?

    • ☐ autrement dit
    • ☐ c'est-à-dire
    • ☐ soit
    • ☐ en d'autres termes

Réponses dans le corrigé, en fin de document.

Corrigé

À toi de jouer

  • 1. « Le gouvernement a publié un rapport. Ce document de 200 pages analyse... » (« Ce document de 200 pages » reprend « un rapport » par une périphrase descriptive : c'est une anaphore lexicale. Les autres options utilisent des pronoms (il, les, elle), ce qui constitue des anaphores pronominales.)
  • 2. soit (« Soit » introduit ici une équivalence formelle et chiffrée. « C'est-à-dire » conviendrait pour une explication technique, et « autrement dit » pour une reformulation accessible : ni l'un ni l'autre ne convient à une simple équivalence numérique.)
  • 3. « Nous avons analysé le phénomène. Cette analyse révèle des contradictions profondes. » (« Cette analyse » reprend le verbe « analyser » sous forme nominale, en y adjoignant une qualification immédiate. Les autres exemples répètent le verbe ou recourent à un pronom sans transformation nominale.)
  • 4. L'antécédent du pronom « il » est ambigu. (Le pronom « il » peut renvoyer à « le rapport », à « la note » ou à un autre référent. Une anaphore lexicale précise lève l'ambiguïté : « Le rapport est, à cet égard, plus crédible que la note. »)
  • 5. c'est-à-dire (« C'est-à-dire » signale une explication technique ou une définition précise, notamment une référence à un texte juridique. « Autrement dit » reformulerait de façon accessible ; « soit » poserait une équivalence formelle : ni l'un ni l'autre ne convient pour citer un article de loi.)