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Maîtriser la relation entre le temps de la proposition principale et les formes du subjonctif, du registre courant au style littéraire.
Tu relis une lettre formelle et tu butes sur « Elle souhaitait qu'il est venu la veille. » Quelque chose cloche. En français, la proposition subordonnée au subjonctif ne flotte pas dans le vide : elle s'ajuste au temps de la principale pour indiquer si l'action est simultanée, postérieure ou antérieure. C'est la concordance des temps au subjonctif.
Ce que tu vas apprendre
À la fin, tu sauras : • choisir entre subjonctif présent et subjonctif passé selon le rapport temporel entre les deux propositions ; • reconnaître et employer l'imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif en registre littéraire ; • corriger les erreurs de concordance les plus courantes au niveau C1.
Gauche = action déjà accomplie (antérieure à la principale) ; droite = action simultanée ou à venir. Les formes littéraires s'emploient uniquement après une principale au passé.
En registre courant, on distingue deux formes du subjonctif selon le rapport temporel entre les deux propositions. Ce choix est indépendant du temps de la principale : qu'elle soit au présent ou au passé, les mêmes deux formes s'emploient.
En registre littéraire ou soutenu, deux formes supplémentaires s'activent lorsque la principale est au passé : l'imparfait du subjonctif pour une action simultanée ou postérieure, et le plus-que-parfait du subjonctif pour une action antérieure.
| Temps de la principale | Rapport temporel | Registre courant | Registre littéraire |
|---|---|---|---|
| Présent / Futur | simultané ou postérieur | subjonctif présent : qu'il vienne | (non utilisé dans ce registre) |
| Présent / Futur | antérieur (déjà accompli) | subjonctif passé : qu'il soit venu | (non utilisé dans ce registre) |
| Passé (imparfait, passé composé, conditionnel…) | simultané ou postérieur | subjonctif présent : qu'il vienne | imparfait du subjonctif : qu'il vînt |
| Passé (imparfait, passé composé, conditionnel…) | antérieur (déjà accompli) | subjonctif passé : qu'il soit venu | plus-que-parfait du subjonctif : qu'il fût venu |
Erreur fréquente
Indicatif au lieu du subjonctif : Je veux qu'il vient devient Je veux qu'il vienne. Subjonctif présent pour une action antérieure : Je suis soulagé qu'il parte hier devient Je suis soulagé qu'il soit parti hier. Calque de l'anglais (infinitif après principale) : I wanted him to come donne en français non pas Je voulais qu'il venir mais Je voulais qu'il vienne. Imparfait du subjonctif confondu avec le conditionnel : qu'il viendrait est un conditionnel, pas un subjonctif ; la forme littéraire correcte est qu'il vînt (imparfait du subjonctif).
Astuce
Le test de l'antériorité : demande-toi si l'action de la subordonnée est terminée avant l'action principale. Si oui, utilise la forme passée du subjonctif (subjonctif passé ou plus-que-parfait selon le registre). Sinon, utilise la forme présente (subjonctif présent ou imparfait du subjonctif selon le registre).
Exemple
Extrait adapté d'un essai du XIXe siècle (registre soutenu) : « Le préfet exigeait que chaque délégué présentât ses lettres de créance avant que la séance ne s'ouvrît. » Équivalent en registre courant : … que chaque délégué présente ses lettres de créance avant que la séance ne s'ouvre.
Étymologie
Le mot subjonctif vient du latin subjunctivus, dérivé de subjungere (« joindre en dessous »). Ce nom désigne exactement sa fonction : la proposition subjonctive est « jointe en dessous » de la principale, subordonnée à elle, d'où le lien étroit entre les deux temps qui structure la concordance.
Le saviez-vous
En France, l'imparfait du subjonctif survit dans la conversation courante sous la forme d'un jeu de registre délibéré. Dire « Il faudrait que je travaillasse davantage » dans une discussion ordinaire provoque un effet comique par le décalage entre la forme archaïque et le contexte banal. Certains journalistes et universitaires cultivent cet usage ironique avec une certaine jubilation. Ces formes ne sont donc pas mortes : elles survivent comme citation de la tradition littéraire du français, et quelques auteurs contemporains les emploient encore dans des romans historiques ou des pastiches stylistiques.
Dans l'histoire
La concordance des temps au subjonctif est un héritage direct de la grammaire latine, qui l'imposait de façon stricte. En français classique, l'imparfait du subjonctif était la norme après toute principale au passé : Racine, Molière, puis Flaubert ou Zola l'emploient systématiquement. Au XXe siècle, la langue parlée l'a progressivement abandonné, jugé trop lourd à la 3e personne (qu'il vînt, qu'elle fît). Aujourd'hui, le fossé de registre est consommé : les formes littéraires sont maintenues à l'écrit formel, mais la langue ordinaire a uniformisé l'usage sur le subjonctif présent et le subjonctif passé, quels que soient les temps de la principale.
À retenir
En registre courant : subjonctif présent (simultané/postérieur) ou subjonctif passé (antérieur), quelle que soit la principale. En registre littéraire (principale au passé) : imparfait du subjonctif (simultané) ou plus-que-parfait du subjonctif (antérieur). Le test clé : l'action est-elle terminée avant la principale ? Si oui, forme passée du subjonctif. À l'écrit courant : les formes littéraires ne sont pas attendues ; elles relèvent du style recherché.
À toi de jouer
Je regrette qu'il ___ parti sans nous prévenir.
Elle doutait que nous ___ à l'heure. (registre courant, action simultanée)
Le général exigeait que nul ne ___ la cité sans laissez-passer. (registre littéraire, action simultanée)
Quelle phrase emploie correctement le subjonctif passé ?
Dans un texte littéraire du XIXe siècle, après « il craignait que… », quelle forme s'emploie pour une action déjà accomplie ?
Réponses dans le corrigé, en fin de document.
À toi de jouer