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Trois emplois du subjonctif sans conjonction, caractéristiques du français cultivé : le souhait (vive !), la supposition formelle (soit) et le regret littéraire (plût au ciel que).
Le subjonctif après que te semble peut-être familier. Mais le français cultivé lui réserve un autre rôle : s'employer seul, sans la moindre conjonction. Ces tournures traversent les discours officiels, les énoncés scientifiques et la prose des grands auteurs. Les identifier et les produire est l'une des compétences qui distinguent un locuteur de niveau C1.
Ce que tu vas apprendre
À la fin de cette leçon, tu sauras : identifier les trois principaux emplois autonomes du subjonctif dans un texte ou un discours ; utiliser correctement vive, soit et plût au ciel que selon le registre visé ; éviter les erreurs d'orthographe et d'accord propres à ces formes.
Une proposition subjonctive indépendante est une phrase dont le verbe est au subjonctif sans qu'aucun que ni aucune conjonction de subordination ne l'introduise. Ce tour, hérité du latin, reste vivant dans la langue cultivée sous trois formes principales.
| Emploi | Forme verbale | Registre | Valeur |
|---|---|---|---|
| Souhait / acclamation | Subjonctif présent, 3e pers. | Solennel, courant | Vœu ou acclamation |
| Supposition formelle | soit / soient | Scientifique, logique | Hypothèse de départ |
| Regret soutenu | plût + subj. imparfait | Littéraire, très soutenu | Vœu inaccessible ou regret |
Le subjonctif présent à la troisième personne exprime un vœu solennel ou une acclamation. Le verbe précède son sujet ; aucun sujet personnel (je, tu...) n'est exprimé.
La forme vive est souvent invariable dans l'usage courant (Vive les vacances !), bien que l'accord au pluriel (Vivent les vacances !) soit tout aussi correct et préférable dans la langue soutenue.
Le verbe précède son sujet, sans aucun mot introducteur.
Le mot soit introduit une donnée de départ dans un raisonnement formel : mathématiques, logique, droit, philosophie. Il équivaut à « supposons que » ou « étant donné ».
Devant un sujet pluriel, on écrit soient (Soient P et Q deux propositions...). La formule figée soit dit en passant repose sur le même mot dans un emploi distinct.
L'expression plût au ciel que exprime un vœu que l'on sait irréalisable ou un regret intense. Elle appartient au registre littéraire et très soutenu.
Structure : Plût au ciel que + subjonctif imparfait pour un souhait portant sur le présent, ou Plût au ciel que + subjonctif plus-que-parfait pour un regret portant sur le passé. La variante Plaise au ciel que + subjonctif présent est moins archaïque et reste d'usage dans la langue soignée.
Paire correct / à éviter pour l'accord de vive :
Erreur fréquente
Ne pas confondre soit...soit... (conjonction signifiant « ou bien ») avec Soit un triangle... (subjonctif hypothétique) : même mot, deux emplois distincts. Écrire Plut au ciel (passé simple, sans accent) au lieu de Plût au ciel (subjonctif imparfait, accent circonflexe obligatoire). Calque de l'anglais : Long live the king traduit mot à mot par Longue vie au roi au lieu de Vive le roi ! Plût au ciel qu'il est venu (indicatif) au lieu de Plût au ciel qu'il fût venu (subjonctif plus-que-parfait).
Astuce
Pour ne jamais oublier l'accent de plût : le û « monte vers le ciel », comme dans l'expression. Sans accent, il plut est le passé simple de pleuvoir : un ciel qui arrose, pas qui exauce.
Exemple
Extrait d'un discours d'inauguration (registre solennel) : « Soit ici rendu hommage à tous ceux qui ont contribué à ce projet. Vive la coopération entre nos deux nations ! Plût au ciel que de tels efforts fussent entrepris plus tôt. Ainsi soit-il. » Cette succession de subjonctifs autonomes est typique du discours officiel et du style littéraire soutenu.
Étymologie
Vive ! vient du latin vivat, attesté en français dès le XIVe siècle. Plût vient de plaire (latin placere) : l'expression plût à Dieu que est attestée au XVIe siècle dans les textes religieux avant de passer dans la prose littéraire profane.
Dans l'histoire
Ces emplois sont des résidus du subjonctif optatif latin. En latin, vivat ! ou sit triangulum... suffisaient sans mot introducteur. Le français classique du XVIIe siècle les utilisait couramment : Molière, Racine et Bossuet les emploient sans retenue. L'usage moderne les a progressivement cantonnés aux formules figées et au registre très soigné, mais ils demeurent pleinement vivants dans la prose littéraire contemporaine.
Le saviez-vous
« Vive la France ! » est la formule finale traditionnelle des discours présidentiels depuis la Ve République. Certains présidents y ajoutent Vive la République ! avant, un choix qui a parfois suscité des débats politiques sur la priorité accordée à la nation ou aux institutions. Guillaume Apollinaire, dans Le Pont Mirabeau (1913), écrit Vienne la nuit, sonne l'heure : un autre subjonctif autonome de souhait mélancolique, preuve que ce tour reste accessible à la création poétique contemporaine.
À retenir
À retenir : Vive / Vivent : subj. prés. de vivre ; souhait ou acclamation sans conjonction ni sujet personnel. Soit / Soient : subj. prés. de être ; hypothèse formelle (sciences, logique) ou formule figée (soit dit en passant). Plût au ciel que + subj. imparfait / plus-que-parfait : vœu inaccessible ou regret, registre littéraire. L'accent û est obligatoire (subj. imparfait, non passé simple). Formules figées à reconnaître : Ainsi soit-il, Advienne que pourra, Grand bien vous fasse.
À toi de jouer
Dans « Soit un segment AB de longueur 5 cm », le mot soit est :
Quelle forme est correcte pour une acclamation officielle ?
« Plût au ciel qu'il ___ la vérité ! » Quel temps faut-il dans la subordonnée ?
Laquelle de ces formules contient un subjonctif autonome sans conjonction ?
On écrit plût (avec accent) et non plut (sans accent) parce que :
Réponses dans le corrigé, en fin de document.
À toi de jouer