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Les verbes défectifs : quand la conjugaison a des trous

C1 · Grammaire

Falloir, gésir, clore, frire, paître : les verbes à paradigme incomplet du français, leurs formes rares et comment les contourner à l'écrit soutenu.

Tu lis un jugement ou un roman du XIXe siècle et tu tombes sur il gît ou l'affaire est close. Ces formes existent, mais leurs verbes ne se conjuguent jamais entièrement : ce sont des verbes défectifs, et savoir les reconnaître fait toute la différence à un niveau avancé.

Ce que tu vas apprendre

À la fin de cette leçon, tu sauras reconnaître un verbe défectif à l'écrit, identifier les formes qui lui manquent, et le remplacer par un équivalent correct quand une forme n'existe pas.

La règle

Un verbe est dit défectif quand son paradigme est incomplet : certaines personnes, certains temps ou certains modes n'existent tout simplement pas. On parle de lacune de conjugaison.

Falloir ne se conjugue qu'à la troisième personne du singulier (il faut), car c'est un verbe impersonnel. Gésir, cousin du latin jacere (être couché), a perdu son passé simple et son subjonctif ; il ne subsiste qu'au présent et à l'imparfait, surtout sur les épitaphes (ci-gît).

Clore et frire manquent de formes à certaines personnes ou à certains temps, faute d'usage courant. Paître n'a ni passé simple ni subjonctif imparfait ; il est souvent confondu avec paraître à cause de leur ressemblance graphique (il paît / il paraît), alors que les deux verbes n'ont aucun lien d'origine : paître vient du latin pascere (nourrir), paraître du latin parescere (apparaître).

VerbeFormes attestéesFormes absentes ou très rares
falloiril faut, il fallait, il faudra, qu'il failletoute autre personne ; pas d'impératif
gésiril gît, ils gisent, gisantpas de passé simple, pas de subjonctif, pas de participe passé
cloreje clos, il clôt, clos (participe passé)pas de passé simple ; le pluriel « nous closons » est très rare
frireje fris, il frit, fritpas de formes nous/vous ; on emploie « faire frire »
paîtreil paît, ils paissentpas de passé simple, pas de subjonctif imparfait, pas de participe passé

Exemples

  • Il faut réviser ce dossier avant vendredi.
  • Ci-gît le vieux notaire, mort en pleine plaidoirie.
  • L'instruction est close depuis hier.
  • On a fait frire les escalopes cinq minutes.
  • Les moutons paissent tranquillement dans le pré.
  • X Le dossier a été cloté par le juge. V Le dossier a été clos par le juge.

Erreur fréquente

X Je faux partir. V Il faut que je parte. Falloir est impersonnel : il ne se conjugue jamais à la première personne, contrairement à l'anglais I must ou à l'espagnol debo. X Le magasin a fri des frites. V Le magasin a fait frire des frites. Frire manque de formes composées courantes ; on préfère la périphrase. X Il a gisé sur le trottoir. V Il gisait sur le trottoir. Gésir n'a pas de passé composé standard : on utilise l'imparfait.

Astuce

Les verbes défectifs appartiennent presque tous au registre soutenu : juridique, littéraire ou archaïque. Si une forme te semble bizarre à la première personne, cherche plutôt une tournure impersonnelle ou un synonyme courant.

Exemple

Extrait d'un jugement : « Le tribunal, statuant en dernier ressort, déclare l'instance close et dit qu'il n'y a lieu à dépens. » Ce type de phrase ne se rencontre que dans les textes juridiques : à l'oral, on dirait simplement « l'affaire est terminée ».

Le saviez-vous

L'expression ci-gît, gravée sur les tombes depuis le Moyen Âge, vient du verbe gésir, cousin du latin jacere (être couché). On la retrouve encore aujourd'hui sur de nombreuses pierres tombales, y compris au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Le verbe a quasiment disparu de l'oral courant, mais il survit intact dans cette formule figée, comme un fossile linguistique. Une preuve qu'un verbe moribond peut rester bien vivant, sur une tombe.

Étymologie

Paître vient du latin pascere (nourrir, faire paître), qui a aussi donné pâturage et pasteur. Clore descend de claudere (fermer), à l'origine de clôture et inclure. Ces racines expliquent pourquoi ces verbes n'ont jamais été pleinement intégrés au système régulier du français.

Dans l'histoire

Au Moyen Âge, gésir et paître étaient des verbes courants, employés à toutes les personnes. C'est l'usage oral qui les a peu à peu vidés de leurs formes rares, remplacées par des synonymes plus simples (être couché, brouter). Les grammairiens des XVIIe et XVIIIe siècles ont ensuite figé ces lacunes dans les dictionnaires, transformant un simple oubli d'usage en règle officielle.

À retenir

Un verbe défectif a un paradigme incomplet : certaines formes n'existent pas. Falloir est impersonnel : seule la forme « il faut » existe. Gésir survit surtout dans « ci-gît » ; il n'a ni passé simple ni subjonctif. Clore, frire, paître manquent de formes au pluriel ou à certains temps : on les contourne par une périphrase ou un synonyme.

À toi

  1. Il ___ partir avant midi.

    • ☐ faut
    • ☐ faux
  2. Sur les vieilles tombes, on lit souvent : ___ un homme de bien.

    • ☐ ci-gît
    • ☐ ci-gisait
  3. Le tribunal a déclaré l'instruction ___.

    • ☐ close
    • ☐ clotée
  4. On ne dit jamais « nous frisons les frites », on préfère : nous ___ les frites.

    • ☐ faisons frire
    • ☐ fritons
  5. Les moutons ___ dans le pré depuis ce matin.

    • ☐ paissent
    • ☐ paîtrent

Réponses dans le corrigé, en fin de document.

Corrigé

À toi

  • 1. faut (Falloir est impersonnel : seule la forme « il faut » existe.)
  • 2. ci-gît (« Ci-gît » est la forme figée du présent de gésir, quasiment la seule usitée aujourd'hui.)
  • 3. close (Le participe passé de clore est « clos / close », jamais « clotée ».)
  • 4. faisons frire (Frire manque de formes au pluriel ; on utilise la périphrase « faire frire ».)
  • 5. paissent (Paître se conjugue « ils paissent » au présent, jamais « ils paîtrent ».)