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Comment des expressions figées ont conservé des formes de subjonctif archaïques, et comment les employer à bon escient dans un registre soutenu ou littéraire.
Tu lis un texte soigné et tu tombes sur « Vaille que vaille, il ira au bout. » Le verbe te semble introuvable dans les tableaux de conjugaison habituels. Normal : ce subjonctif-là a survécu figé dans quelques expressions, fossiles vivants d'un français ancien. Les maîtriser, c'est accéder à un registre que peu d'apprenants atteignent.
Ce que tu vas apprendre
À la fin, tu sauras : identifier les formes de subjonctif figées dans une expression archaïque ; employer qu'à cela ne tienne, vaille que vaille, advienne que pourra et soit dit en passant dans le registre approprié ; expliquer leur valeur stylistique.
Une survivance archaïque figée est une expression dont la forme grammaticale n'est plus productive dans la langue moderne, mais qui s'est maintenue telle quelle par l'usage. Elle ne se conjugue plus, ne se modifie plus et fonctionne comme une locution adverbiale intacte.
Ces expressions contiennent des formes du subjonctif présent dont le verbe de base est rare, vieilli ou disparu. Le subjonctif y joue un rôle concessif ou optatif : il accepte ou appelle une éventualité sans la revendiquer.
| Expression | Forme verbale | Verbe de base | Sens courant |
|---|---|---|---|
| Qu'à cela ne tienne | tienne (subj. prés. de tenir) | tenir | Ce n'est pas un obstacle |
| Vaille que vaille | vaille × 2 (subj. prés. de valoir) | valoir | Tant bien que mal, malgré tout |
| Advienne que pourra | advienne (subj. prés. d'advenir) | advenir | Quoi qu'il arrive (résignation assumée) |
| Soit dit en passant | soit (subj. prés. d'être) | être | Incidemment, entre parenthèses |
La valeur stylistique de ces tournures est double : elles confèrent un ton solennel ou littéraire au discours et signalent une culture linguistique affirmée. Dans un contexte oral courant, elles peuvent aussi prendre une coloration ironique ou distanciée, à manier avec discernement.
Erreur fréquente
Ces expressions figées appellent une vigilance particulière : toute modification les rend incorrectes ou les fait sonner faux.
Astuce
Pour mémoriser les quatre expressions, associe chacune à une situation-clé : qu'à cela ne tienne répond à une objection ; vaille que vaille décrit un effort imparfait mais réel ; advienne que pourra accepte un saut dans l'inconnu ; soit dit en passant ouvre une parenthèse dans un exposé.
Exemple
Extrait d'une chronique littéraire : « Le manuscrit était arrivé incomplet. Qu'à cela ne tienne : l'éditeur décida de publier ce qui existait, convaincu que l'œuvre, vaille que vaille, trouverait son lectorat. Advienne que pourra : la critique serait ce qu'elle serait. L'auteur était mort depuis longtemps. Soit dit en passant, personne ne l'avait jamais rencontré de son vivant. »
Une réunion entre collègues
Le saviez-vous
Ces expressions sont des fossiles grammaticaux : elles conservent un subjonctif présent à usage indépendant, courant dans la prose classique des XVIIe et XVIIIe siècles. Flaubert, Balzac et Stendhal les employaient encore librement. Aujourd'hui, elles sonnent délibérément archaïsantes dans un texte contemporain, mais restent pleinement comprises et valorisées dans la prose soignée. Un lecteur cultivé les reconnaît immédiatement comme la signature d'un style travaillé.
Étymologie
Le verbe advenir vient du latin advenire. En français médiéval, advenir était d'usage courant. Il a quasiment disparu, mais son subjonctif advienne survit dans la locution, et son radical est resté dans le mot avenir (littéralement : ce qui est à venir).
Prononciation
Prononciation des formes figées : tienne [tjɛn] ; vaille [vaj] (comme paille ou travaille) ; advienne [advjɛn] ; soit [swa]. Attention : ne pas confondre soit [swa] (subjonctif d'être) avec est [ɛ] (indicatif) dans les constructions figées.
Dans l'histoire
Le subjonctif présent à usage indépendant était courant en ancien et moyen français : « Dieu vous garde » et « vive le roi » fonctionnaient sur ce modèle. Au XVIIe siècle, la grammaire classique a progressivement exigé un verbe principal explicite, condamnant ce tour à disparaître. Seules les expressions déjà fossilisées dans l'usage l'ont conservé : ce sont des témoins grammaticaux d'un système verbal plus souple, aujourd'hui révolu.
À retenir
À retenir : Qu'à cela ne tienne : réponse à une objection (subj. de tenir). Vaille que vaille : effort accompli malgré les difficultés (subj. de valoir). Advienne que pourra : acceptation de l'inconnu (subj. d'advenir). Soit dit en passant : remarque incidente (subj. d'être). Ces expressions sont figées : aucune modification n'est possible.
À toi de jouer
Dans « advienne que pourra », le mot « advienne » est ___.
Tu veux introduire une remarque secondaire dans un rapport formel. Tu écris : « ___, le délai initial n'avait pas été respecté. »
Un collègue dit : « Nous n'avons pas de salle disponible. » Tu réponds pour montrer que ce n'est pas un problème.
Laquelle de ces tournures est incorrecte ?
« Elle a terminé son mémoire ___, sans encadrement et presque sans ressources. » Quelle expression convient ?
Réponses dans le corrigé, en fin de document.
À toi de jouer